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Voltaire avait prédit la disparition de la Bible. Vrai ou faux ?

Archéologie Histoire - Article - 08 Juillet 2021

Voltaire avait prédit la disparition de la Bible. Vrai ou faux ?
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Voltaire avait prédit la disparition de la Bible. Vrai ou faux ?
Archéologie Histoire - Article -  101

La prédiction de Voltaire
Noëlle Vauclair - Mars 2021
D’après l’article de Daniel Merritt - 18 mars 2019




Il arrive que des histoires circulent et se transmettent dans les milieux chrétiens sans que l'on examine le bien-fondé de leur véracité. Quelquefois, ces histoires n'ont aucun fondement. D'autres fois, l'histoire devient encore plus intrigante que la fiction qui circule. Voici un aperçu des résultats des recherches du Dr Merritt sur le sujet qui nous intéresse.

Les apologètes chrétiens ont prétendu que le philosophe français Voltaire (1694-1778), dans ses volumineux écrits contre le christianisme et la Bible, aurait prédit : « Cent ans après ma naissance, il n'y aura plus de Bible sur terre, sauf celle que regardera un antiquaire curieux ». Ils ont également prétendu que, cinquante ans après sa mort, dans une ironie de la Providence, la maison même dans laquelle il avait vécu et rédigé ses écrits fut utilisée par la Société évangélique de Genève comme entrepôt de bibles et de traités évangéliques.
Cette histoire a été utilisée à maintes reprises au fil des années par les chrétiens comme un exemple de la qualité intrinsèque et immuable de la Bible et de la futilité de ceux qui s'opposent à l'Ouvrage inspiré.

Pendant des années, humanistes, rationalistes, agnostiques et athées ont contesté la validité de cette histoire d'une façon si convaincante qu'elle a même été retirée de « Introduction to the Bible » de Norman Geisler et William Nix ! (1).

Qu'y-a-t-il de vrai dans toute cette histoire ? Voltaire a-t-il jamais fait une telle prédiction ? Existe-t-il des preuves que la maison dans laquelle Voltaire avait vécu a servi de dépôt de bibles après sa mort ?


1.

Voltaire, détracteur de la Bible


Voltaire naquit en France, à Paris en 1694. En tant que philosophe, historien et libre penseur, il devint un écrivain très influent et prolifique au cours de ce que l'on appelle le siècle des Lumières. Dès le départ, Voltaire eut des démêlés avec les autorités du fait de ses critiques du gouvernement. Il purgea deux fois de brèves peines de prison à la Bastille pour avoir critiqué le régent. Sa première oeuvre littéraire paraît en 1718. Déiste, il s'opposa avec véhémence à la foi chrétienne et écrivit de nombreux ouvrages moqueurs exprimant son dédain pour la foi et la Bible. Ses critiques venimeuses à l'encontre du christianisme vont jusqu'à qualifier la foi chrétienne de « superstition infâme ».
Les écrits de Voltaire suscitèrent tant de discorde qu'en 1754, Louis XV le bannit de Paris. Il déménagea en Suisse, à Genève, et acheta un magnifique château appelé Les Délices. Il y vécut pendant cinq ans, jusqu'en 1760 où, à la suite de ses écrits antagonistes et de ses pièces attaquant le christianisme, il fut pratiquement chassé de Genève par les réformateurs calvinistes. Pour échapper à leur pression, Voltaire traversa la frontière pour se rendre à Ferney, en France, où il vécut pendant dix-huit ans.

Il écrivit par exemple :
« La Bible. C'est ce que les fous ont écrit, ce que les imbéciles recommandent, ce que les voyous enseignent et ce que les jeunes enfants sont obligés d'apprendre par coeur. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764) - ou encore - « Nous vivons le crépuscule du christianisme » (Dictionnaire Philosophique)
Voltaire considérait la plupart des doctrines de la foi chrétienne - l'Incarnation, la Rédemption, la Trinité, la Cène - comme des inepties et des concepts irrationnels. (2)
A propos des quatre évangiles, il dit : « Quelle folie, quelle misère, quelles choses puériles et odieuses ils contiennent [et la Bible est remplie] de contradictions, de folies et d'horreurs.?» (3)

En 1776, à l'âge de 82 ans, Voltaire pousse son mépris pour la Bible à son apogée en publiant "La Bible enfin expliquée"?(4), ouvrage en deux volumes qui constitue son commentaire sur l'ensemble de la Bible. Son but est, sur un ton satirique et moqueur, de « faire s'effondrer tout l'édifice [du christianisme] » (5).
À chaque page, il tourne la Bible en dérision, ce qui lui fait déclarer : « Le sujet est maintenant épuisé : la cause est décidée pour ceux qui sont prêts à se servir de leur raison et de leurs lumières, et les gens ne liront plus cette [Bible]. » (6)
On pourrait reprendre bien d'autres citations de ce genre. Comme il a écrit 20 000 lettres au cours de sa vie, il n'est pas possible d'en connaître toutes les déclarations. Cependant, ceux de son époque reconnaissaient qu'il avait prédit la chute du christianisme, soit verbalement, soit par écrit.

Dans une biographie de Voltaire écrite en 1823, soit seulement quarante-cinq ans après sa mort, l'auteur détaille le fait que l'écrivain français avait cherché avec brutalité à inspirer le mépris de la foi chrétienne et se considérait plus influent que Martin Luther et Jean Calvin ! L'auteur affirme que Voltaire, dans son combat contre le christianisme, était prêt à ne reculer devant aucun obstacle pour « anéantir » la foi chrétienne (7).
En 1849, soixante et onze ans après la mort de Voltaire, William Snodgrass, un responsable de l'American Bible Society, déclarait dans le rapport annuel que « le comité avait pu envoyer 10 000 dollars en France, le pays de Voltaire, qui avait prédit qu'au XIXe siècle la Bible ne serait plus connue que comme une relique de l'Antiquité » (8).

Voltaire s'était imaginé porter un coup fatal à crédibilité de la Bible ! Grossière erreur.


2.

Sa maison est-elle devenue un dépôt de Bibles ?


En août 1836, cinquante-huit ans après la mort de Voltaire, le révérend William Acworth, de la Société biblique britannique et étrangère, a vu de ses propres yeux l'ancienne résidence de Voltaire à Genève - "Les Délices" - être utilisée comme " dépôt de bibles et de tracts religieux ". À cette époque, la maison était occupée par le colonel Henri Tronchin (1794-1865). La famille Tronchin avait des liens avec Voltaire qui remontaient au XVIIIe siècle. L'un des ancêtres d'Henri Tronchin, Francis Tronchin, était le médecin de Voltaire. Les Tronchin étaient des résidents genevois importants et fortunés qui contribuèrent même au financement de la publication de certaines de ses œuvres 9. La spiritualité n'était pas ce qui les caractérisait. Cependant, bien que l'on ne sache pas exactement à quel moment, le colonel Henri Tronchin vint à la foi en Christ et embrassa le protestantisme. Étudiant en littérature à l'Académie de Genève, il servit comme capitaine d'artillerie à cheval dans l'armée néerlandaise. Superbe organisateur et grand meneur d'hommes, il participa à la fondation de la Société évangélique de Genève (vers 1833) dont il fut le président de 1834 à 1839 10. Né 100 ans après Voltaire, et résidant dans l'ancienne maison du triste infidèle, Henri Tronchin utilisa une partie des pièces de cette spacieuse maison pour entreposer des bibles et des traités d'évangélisation.

Dans The Missionary Register de 1836 de la BFBS, William Acworth raconte ses voyages effectués en vue de la propagation de l'Évangile. Après avoir parcouru plus de 3 200 kilomètres en France pour le compte de la Société, ses voyages le conduisirent en Suisse au mois d'août de l'été 1836. Acworth raconte :
« Je suis passé par Genève et j'ai été très encouragé de rencontrer le Comité de la Société évangélique dont les travaux et les objectifs m'ont tellement plu que j'ai écrit à cette société pour faire un généreux don de 10 000 exemplaires de bibles françaises pour promouvoir leur œuvre. Notre comité n'en a accordé que 5 000, mais je ne doute pas qu'il enverra les 5 000 restants d'ici peu. Avant que je ne quitte Genève, mon ami m'a dit :
- Vous aimeriez sans doute voir la maison où Voltaire a vécu et où il a écrit ses pièces.
Poussé par l'esprit de curiosité si caractéristique d'un Anglais, à visiter la maison du célèbre infidèle, j'étais sur le point de mettre mon chapeau pour entrer dans le comté, quand il m'a dit :
- Il n'est pas nécessaire que vous mettiez votre chapeau.
Me faisant passer le seuil d'une pièce à l'autre, il ajouta :
- Voici l'endroit où les pièces de Voltaire ont été jouées pour son propre plaisir et celui de son ami.
Et quelle n'a pas été ma satisfaction de constater que cette pièce avait été transformée en une sorte de dépôt de bibles et de traités religieux. Oh ! Mes amis chrétiens, comme j'aurais aimé que l'esprit infidèle fût là, pour qu'il fût témoin des résultats d'autres vaticinations [actes de prophétie] concernant la chute du christianisme ! Je sais que Voltaire a dit qu'il vivait « le crépuscule du christianisme », mais Dieu soit béni ! C'était les premiers rayons de lumière du jour qui allaient illuminer le monde.11 »

Notons également que seize ans seulement après la mort de Voltaire, en 1794, la présence de la Bible a commencé à faire son chemin dans la ville où il avait passé les dix-huit dernières années de sa vie, Ferney, en France. Les mêmes presses que Voltaire employait pour imprimer ses œuvres irrévérencieuses étaient utilisées pour imprimer des éditions de la Bible et celles-ci étaient imprimées sur du papier qui avait été « spécialement fabriqué pour une édition supérieure des œuvres de Voltaire ». Le projet Voltaire a échoué, et le papier a été acheté et consacré à un meilleur usage [l'impression de bibles] 12. Qu'une société biblique ait été établie à Ferney, pour aider financièrement à l'impression de la Bible dans la ville où Voltaire avait résidé, est confirmé par le rapport de 1824 de la Société biblique protestante de Paris, qui contient la phrase suivante : « Une succursale nouvellement établie à Ferney autrefois la résidence de Voltaire, a envoyé son premier versement, une somme de 167 francs 13».
En 1845, les Bibles étaient encore imprimées sur les presses que Voltaire avait employées à Ferney. En 1846, dans le discours d'anniversaire de la Société biblique américaine et étrangère, le révérend Charles G. Sommers fit un rapport passionnant sur la façon dont la Bible avait pénétré dans divers endroits du monde l'année précédente :
« En neuf ans cette Société a imprimé un million de livres en quarante-neuf langues différentes, mais des centaines de millions doivent être distribués parmi les myriades affamées de notre race. Lorsque Pythagore et Confucius remplissaient l'Europe et l'Asie d'hérésies, Dieu suscita Esdras, le prophète, pour compiler et publier les livres de l'Ancien Testament, comme antidote à leurs illusions. Et lorsque Voltaire, Diderot, D'Alembert et Rousseau s'efforçaient d'écraser la cause sanglante du Christ, Dieu a dressé contre eux l'étendard de la Société biblique britannique et étrangère ; et c'est un motif d'exultation et de reconnaissance que la même presse à imprimer qui a été employée pour disperser les tracts blasphématoires du prince des philosophes français, a été utilisée depuis, à Ferney, pour imprimer la Parole de Dieu. L'obscure conspiration a élevé ses remparts pour entraver la marche de la vérité, mais elle aurait eu le même succès si elle avait forgé des chaînes pour lier l'éclair qui vient de l'orient et brille jusqu'à l'occident, signe de la venue du Fils de l'homme. Voltaire se vantait d'avoir vu le crépuscule de la chrétienté, et que le voile d'une nuit sans fin allait bientôt le recouvrir pour toujours. Oui, Monsieur, il a vu le crépuscule, mais il s'est trompé sur l'heure du jour - c'était le crépuscule du matin, versant son effusion sur le bord de l'horizon du XIXe siècle, qu'il a pris pour les rayons d'un soleil couchant » 14.

Comme toutes les histoires qui se transmettent au fil des années, les détails exacts et la formulation peuvent varier, mais les éléments clés de l'histoire sont tout à fait vrais. L'histoire de Voltaire sert d'exemple et de rappel montrant que les prédictions et les efforts insensés de l'homme pour anéantir la Bible n'aboutiront à rien. Le marteau d'aucun sceptique n'a jamais fait de brèche dans l'enclume éternelle de la Parole de Dieu. À ceux qui tentent de le faire, Jésus déclare avec insistance :

« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24 :35).

Source : D'après l'article original de Daniel Merritt publié le 18 mars 2019Voltaire's Prediction, Home, and the Bible Society: Truth or Myth? – Bellator Christi.com


Notes et Références

1 Norman Geisler et William Nix, Introduction to the Bible, (Chicago : Moody Press, 1968), 124.

2 Voltaire, ed. H.I. Wolff, Philosophical Dictionary, “Arius,” (New York, 1924), 253.

3 Voltaire, traduit par Joseph McCabe, Œuvres choisies de Voltaire, “Le Sermon sur les cinquante”, (Londres : Watts & Co., 1911), 178-180.

4 Arnold Ages, “The Technique of Biblical Criticism: An Inquiry into Voltaire’s Satirical Approach” dans “La Bible enfin expliquée”, A Quarterly Journal in Modern Literatures, 6 septembre 2013, 67-79.

5 Voltaire, La Bible enfin expliquée, (Alondres), 1776, 2.

6 Voltaire, La Bible enfin expliquée, (Alondres), 1776 ; également ; James Parton, Life of Voltaire, Vol. II, (Boston : Houghton, Mifflin & Co, 1881), 543.

7 Claude François Nonnottee, Erreurs de Voltaire, (Paris, 1823), 285-305).

8 Annual Report of the American Bible Society, 1849, Appendix, 98.

9 Sur les relations de Voltaire avec la famille Tronchin, voir Deidre Dawson, Voltaire’s Correspondence: An Epistolary Novel (New York : Peter Lang, 1994), 101-126 ; également, George Valbert, “The Genevese Councilor François Tronchin and his relations with Voltaire”, La Revue des Deux Mondes, 1895, 205-216

10 Stelling-Michaud, Suzanne, Le livre du Recteur de l’Académie de Genève (1559-1878) (Vol 6). Geneva: Librairie Droz, 1980, 72; also, Jean-Yves Carluer, “Henri Tronchin,” December 16, 2017, Le Blog de Jean-Yves Carluer(Accessed March 12, 2019). En 1929 Les Délices, la propriété fut achetée par la ville de Genève et abrite aujourd'hui l'Institut et le Musée Voltaire, un musée fondé en 1952 et consacré à la vie et à l'œuvre de Voltaire.

11 The Missionary Register for 1836, William Acworth, “Bible Notices in Switzerland and Italy,” (Londres : L&G Seeley, 1836), 352.

12 The Gentleman’s Magazine, July, August, September 1794 ; Samuel Bagster, The Bible of Every Land (London, 1860), 167. Curiously enough, Bibles were printed on paper, which, according to Hannah More, had been specially made for a superior edition of Voltaire’s works. The Voltaire project failed, and the paper was bought and devoted to this better purpose. Monthly Extracts, 1848, August, p. 793.

13 Report of the British and Foreign Bible Society, Vol. 7, 1822, 1823, 1824, (London: J.S. Hughes, 1824), 17-18.

14 Ninth Annual Report of the American and Foreign Bible Society, Presented at New York, May 15, 1846, (New York: John Gray, 1846), 48.


---- 08 Juillet 2021 ----

Notre commentaire
La Bible a été plus attaquée que n'importe quel autre ouvrage au monde - et cela continue bien sûr aujourd'hui. Pourtant elle demeure le Best-Seller mondial numéro un, livre le plus traduit, le plus lu et le plus aimé. Certains pensent et même disent toujours que la Bible est un livre pour les simples, les sots, les gens sans intelligence - exactement comme Voltaire. Pendant ce temps de grands scientifiques reconnaissent sa validité et sa profondeur, des intellectuels admirent son inestimable valeur et des millions de croyants de tous pays et de toutes conditions affirment qu'elle leur a indiqué le chemin de la vie éternelle. Entre Voltaire et les disciples de Jésus, le choix est vite vu !
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